LES COUPLES D’INSTRUMENTS

     

Je peux dire maintenant, avec le recul, qu’on n’a rien inventé, puisqu’on retrouve dans les musées des instruments appareillés par paire . Cette logique harmonique et moderne avait déjà été pensée. Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est la fréquence des 22 pouces et de ce qu’on appelait les 13 pouces mais qui n’en sont pas, parce-que plus épaisses : dans les musées de New York, Paris, Londres. Dans ces mêmes lieux, on trouve des instruments du même fabriquant, puisque les décors sont identiques, de même facture. Ils se présentent en couple : une grande cornemuse incrustée 22 pouces et une petite cornemuse incrustée 13 pouces.

Quand on anche ces instruments, on s’aperçoit qu’ils sont dans le même rapport de tonalité que le couple 14-20, ils sont à la quinte l’un de l’autre.
La confirmation m’a été amenée par le couple d’instruments qu’on trouve au musée de Saint-Amand, couple atypique : il y a là une 23 pouces en do, et à coté il reste un instrument un peu mangé aux mites, dont le logement de l’anche est détérioré. Mais si je reconstitue la cote manquante, je tombe sur un instrument qui n’est pas une 13 pouces, mais un peu plus long, et de toute évidence appareillé avec cette 23 pouces atypique. Pour moi, c’est la confirmation qu’il y a eu volonté de créer des couples. Par la suite, Jean-Michel Renard a acquis pour sa collection une toute petite cornemuse incrustée : c’en était fini du « mythe » des grandes incrustées ; il y avait aussi des « petites » incrustées, de l’ordre de 10 ou 11 pouces. Anchées, elles sonnent au environs du si , à l’octave inférieur des 24 pouces. Ce qui me fait dire que le couple à l’octave a existé aussi, de même que le couple d’instruments à l’unisson.

Le plaisir de jouer en couple suppose une logique harmonique qui avait déjà été pensée par les anciens facteurs d'instruments.


Cela m’a été confirmé par les deux instruments de 24 pouces qui figurent dans la collection de la famille Dubois. Deux instruments de même longueur, mais d’épaisseur différentes, par exemple 5mm et 9mm. Pour ces instruments de même longueur et même position de trous, un facteur sait qu’ils ne joueront pas exactement au même diapason. Mais on voit très bien que ces instruments ont été accordés, puisque celui qui est le plus épais a vu ses trous de doigts augmentés de diamètre, et retouchés de l’intérieur. Quand on les fait sonner avec la même anche, ils sont absolument de même hauteur. Donc, il est clair pour moi qu’il y a volonté de la part du fabricant d’étalonner ces instruments sur une référence unique. C’est forcément pour jouer ensemble, sinon pourquoi tous ces efforts ?

Bernard Blanc