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LA VOIE DES BOURBONNAISES
Entretien
avec Bernard Blanc, luthier
Jean
Blanchard
L’évolution de la scène musicale en France,
dans le domaine des musiques traditionnelles, doit beaucoup aux
chercheurs, aux fabricants autant qu’aux musiciens. Le travail
comparatif entre ces différents individus a permis d’obtenir
les magnifiques cornemuses que l’on peut voir aujourd’hui.
Au premier rang de ces passionnés figure Bernard Blanc (interview,
25 mai 1990).
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Jean
Blanchard : Bernard Blanc, tu fabriques des cornemuses depuis
1977, treize ans d’exercice … Fais-tu de la reproduction
d’instruments anciens ou fais-tu de la création
d’instruments contemporains ?
Bernard
Blanc : Il y a sans doute deux choses dans la manière
dont j’ai fabriqué les instruments. J’ai
commencé par fabriquer des cabrettes puisque j’en
jouais. Cet instrument possède une forte tradition
; beaucoup d’instruments existaient, et il suffisait
de les copier. Toutes les tentatives, non pas d’ »amélioration
» ce qui ne veut rien dire, mais de changement d’échelle
musicale, n’ont pas amené grand chose de nouveau
dans le jeu de la cabrette. La majorité des musiciens
joue sur l’instrument tel qu’il était.
Très rapidement, je me suis intéressé
à un autre type de cornemuse : la cornemuse bourbonnaise.
Elle m’a attiré par sa modernité : d’après
ce qu’on savait, elle montait à l’octave,
et était donc plus étendue que la cabrette avec
une gamme plus tempérée. Cela correspondait
plus à la demande de notre groupe de musiciens pratiquant
la musique d’ensemble.
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De
plus, il existait encore de très beaux instruments, tels
les Béchonnet qui attiraient tout de suite le regard du fabriquant.
Il y avait de ma part une option fondamentale qui était de
penser de façon très présomptueuse que les
vieux faisaient des instruments faux et que j’étais
là pour en faire des justes ! J’ai toujours eu une
certaine défiance pour les instruments anciens avec le soucis
très présent d’actualiser, de plier l’instrument
à nos demandes. Je n’ai pas du tout été
intéressé par les seules cornemuses qui jouaient à
l’époque dans le Centre de la France, les musettes
type « Charbonnier » à petites perces. Je n’en
ai jamais fabriquées. Cela participait à cet espèce
de reniement de ce qui nous venait des anciens et que nous jugions
alors comme très folklorique. On ne voulait pas coller à
ce modèle, mais faire une musique rurale avec des sonorités
qui nous plaisaient. Armé de cet à priori, j’ai
voulu faire des copies de Béchonnet alors que personne n’avait
écouté cet instrument.
Les Béchonnet avaient pour nous un gros avantage : celles
que nous avions retrouvées étaient munies d’anches
dans les bourdons. Et à cette époque du mouvement
folk, nous étions fascinés par les traditions fortes
comme en Ecosse, en Irlande, en Bretagne… Et la cornemuse,
c’est avant tout des bourdons. J’ai donc fait des copies
d’instruments Béchonnet, auxquels j’ai très
vite apporté des changements car je voulais que l’instrument
se plie aux idées de doigtés que nous avions à
l’époque : des doigtés pas trop compliqués,
plutôt proches de la flûte. Je dirais une espèce
de doigté ouvert qui ne posait pas trop de problème
pour des apprentis. Donc, là où les Béchonnet
présentaient un problème de doigté, je cherchais
tout de suite à modifier les perces et à changer les
positions de trous, de manière à répondre à
nos exigences.
Je n’ai donc jamais réellement fait de copies d’instruments
anciens. Même en ce qui concerne les bourdons, j’ai
toujours, et à juste titre, jugé que les anciens bourdons
n’étaient pas assez stables et j’ai modifié
tout de suite les proportions. Cela m’a demandé beaucoup
d’effort pour trouver des perces qui supportent l’octaviage
des cornemuses bourbonnaises avec le moins de variations de hauteur
possible. Voilà donc mes options de départ . Cela
a été une re-création en fonction des besoins
qui étaient les nôtres, et non pas en fonction du respect
d’une tradition dont, de toute façon, nous n’avons
pas hérité.
J.B.
: Tu as surtout parlé de l’aspect musical, fonctionnel
de l’instrument, mais comment as-tu envisagé son aspect
esthétique ? N’as-tu pas préservé ici
l’esthétique des types anciens ?
B.B.
: Je n’ai effectivement pas essayé de faire œuvre
de création en matière esthétique. Toute personne
attirée par le travail manuel admire les objets qui lui arrive
du passé et j’ai tenté là de faire aussi
bien. La plus grosse difficulté a été de refaire
des instruments incrusté d’étain. Ces instruments,
qui nous paraissent aujourd’hui communs, étaient rares.
Nos amis des Thiaulins de Lignières en possédaient
dans leur collection ; c’était pour nous un objet venu
d’ailleurs, d’un autre temps, acquis définitivement
au passé. Pour moi, c’était insoluble. «
Comment ont-ils réussi à faire ça ? »
Petit à petit, j’ai mis au point une technique qui
m’a permis de faire des copies. J’ai fait des tentatives
de personnalisation des instruments mais qui m’ont toujours
laissé insatisfait et que je juge moins intéressantes
que les objets nous venant du passé, forcement épurés
; n’ont survécu dans les musées que les instruments
les plus beaux. Les tentatives les plus réussies sont les
cornemuses avec plexiglas dont Eric Montbel possède un exemplaire,
avec les bagues colorées ; mais ça m’a amené
en tout deux commandes ! Il est évident que le fabriquant
vit de son art et doit répondre à la demande, qui
se porte plus sur la copie d’instruments anciens : cornemuses
incrustées, ou ivoire-ébène, façon Béchonnet.
Ce sont là les deux esthétiques les plus demandées.
J.B.
: Tu as été très fortement impressionné
par la qualité du travail artisanal concernant l’aspect
esthétique de l’objet, mais tu n’as pas
eu la même considération pour la partie strictement
fonctionnelle, musicale…
B.B.
: Il est évident que des instruments si ouvragés,
si décorés, devaient avoir la même logique
et la même perfection dans leurs perces internes. C’est
le point où j’en suis actuellement : il s’agit
de retrouver la logique musicale de ces instruments, car nous
n’avons pas hérité de cette logique. L’extérieur
est visible, mais le son et la musique ne nous sont pas parvenus.
Les gens qui pratiquent la cornemuse écossaise héritent
d’un style de jeu qui rend impossible le changement
de perce d’un « chanter » écossais.
Il y a des modèles repérés comme étant
quasiment les meilleurs et on essaie de faire aussi bien.
Le facteur n’a pas de marge, il n’a pas de choix
puisque tout bon musicien va prendre le hautbois, le tester
et dire immédiatement s’il répond ou non.
Nous, nous avions toute latitude de faire ce que bon nous
semblait, nous étions seuls juges. Ce n’était
pas forcément facile, car il fallait réinventer
les choses : faire une copie est en comparaison relativement
aisé.
J.B.
: Si l’on part de la logique de l’amateur de cornemuse
de l’époque, fasciné par l’aspect
extérieur, par le timbre, mais qui n’a aucune
idée du fonctionnement musical pour lequel était
prévu cet instrument, n’y a-t-il pas un décalage
entre l’évolution de la facture actuelle et ce
que tu peux connaître de la facture ancienne ?
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Malgré
une certaine défiance pour les instruments
de musées ou de collections, notamment quand
à leur justesse, le travail personnel de Bernard
Blanc l'a finalement conduit à retrouver empiriquement
des perces très proches de celles utilisées
par les anciens fabriquants. |
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B.B.
: Depuis quelque temps, certains points sont venus éclairer
précisément les problèmes que je peux me poser
en tant que facteur, et les musiciens en tant que demandeurs, m’ont
amené de plus en plus vers une espèce d’impasse
dans l’amélioration des instruments. Les cornemuses,
telles que je les ais conçues, octavient facilement, ont
une étendue la plus importante possible pour ce type d’instrument
(une octave et demie). Nous avions privilégie de toute façon
l’ambitus : la justesse, la facilité d’octaviage,
la facilité du doigté. Mais depuis un an environ,
je suis confronté à la difficulté de maintenir
la qualité de réglage de ces instruments. Ils ont
une grande étendue, une facilité de jeu, mais reviennent
toujours les problèmes de réglage, de plus en plus
fins, qui font de la cornemuse un instrument de plus en plus difficile
à maîtriser. La caractéristique des cornemuses
est l’ornementation. Elle se fait souvent par un retour staccato
sur la fondamentale. Or, sur les instruments tels que je les ai
conçus, ce détaché devient quasiment impossible.
C’est une insatisfaction profonde. Plus j’avance dans
mon jeu, plus ce manque-là me semble important.
Récemment j’ai repris tous les plans de cornemuses
anciennes pour constater que finalement je n’étais
pas très loin des perces d’origine, pas très
loin des positions de trous, hormis un seul. Certains détails
des cornemuses anciennes, en particulier dans les positions des
trous, ont fait apparaître que les choix musicaux étaient
différents des nôtres, et principalement l’octaviage.
Ce qu’on gagne d’un coté on le perd de l’autre,
et c’est une problématique bien propre à la
facture instrumentale des cornemuses, comme des instruments baroques.
Quand on gagne en timbre on perd en étendue, et inversement…
Les choix musicaux que l’on a pu faire, je ne les renie pas,
ils ont donné une vie musicale effective, mais en tant qu’instrumentiste
je ressentais de plus en plus une insatisfaction dans la mesure
où je ne pouvais pas développer un jeu, une logique
musicale propre aux cornemuses.
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J.B.
: Quelle est donc cette logique musicale propre à
cette famille d’instruments ?
B.B.
: Je dirais pour simplifier que l’on va revenir à
des problèmes de goûts, de choix esthétiques
que l’instrument impose. On n’est cependant
pas obligé de faire ces choix. Je prendrai l’exemple
le plus clair pour nous, qui est celui de David Spillane
sur le uillean pipe. Il en a fait un instrument moderne,
non pas grâce à une évolution de la
facture mais grâce à la manipulation du son
avec un appareillage électronique : un compresseur,
un synthétiseur lui ont permis d’uniformiser
la gamme du point de vue du timbre. Il élimine même
la plupart des caractéristiques des joueurs anciens,
des éléments d’ornementation, en gardant
une facilité du phrasé et une vélocité,
mais il gomme le jeu sur les différentes couleurs
des notes qui parfois «klaxonnent», ou bien
sont étouffées, ces notes justes à
l’attaque et qu’on tire à l’arrivée
: ce jeu que je qualifierai, sans jugement de valeur, d’
»archaïque » et qui me fascine. Spillane,
dans sa dernière création, alors qu’il
maîtrise bien ce jeu, choisit un autre mode d’expression,
un jeu plus moderne où il réussit pleinement.
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La
perfection des formes et des décors traditionnels
à incrustations d'étain ne pouvaient qu'aller
de pair avec une logique musicale très élaborée,
mais qui ne nous est malheureusement pas parvenue. |
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On peut donc, par le biais de l’électronique, aborder,
sans modification de l’instrument, deux types de jeu presque
antinomiques : le jeu de soliste et la musique d’ensemble.
Cette logique moderne demande finalement ce que j’ai fait
avec mes premiers instruments : une étendue, une facilité
d’octaviage accrue, une certaine justesse, et cela au détriment
d’une certaine puissance du timbre. La différence est
identique entre un hautbois baroque et un hautbois moderne.
Actuellement, ce qui m’attire, c’est la reproduction,
la copie parfaite des instruments anciens qui nous imposeraient
une logique plus « archaïque ».
J.B.
: Une question purement technique : tu désignes les cornemuses
par leur longueur, en pouces, comme faisant référence
à une tonalité précise, mais tu signales aussi
que la longueur n’est pas le seul critère déterminant
pour le diapason ?
B.B.
: L’ambiguïté qui a plané longtemps sur
ce qu’on appelle 13 pouces, ce sont ces petites cornemuses
fabriquées par Charbonnier Père, qui sonnent en si
bémol. Mais ces instruments ne sont en aucun cas comparables
à ce que j’appelle maintenant les « 13 pouces
incrustées ». Ces dernières sont très
épaisses, avec de petits trous, et sonnent en sol dièse,
plus bas qu’une 13 pouces plus moderne, type Charbonnier.
Au départ de mes observations, je pensais que ces 13 pouces
anciennes n’étaient pas accouplées avec les
22 pouces : erreur, après anchage, elles l’étaient.
Il y a donc plusieurs sortes de 13 pouces. Ca nous amène
au sujet qui m’intéresse actuellement, l’évolution
des cornemuses dans le Centre de la France. A un moment donné,
on s’est aperçu que sur ces grandes cornemuses, comme
sur les petites, quand on raccourcit l’anche, l’instrument
octavie jusqu’à une limite.
A l’époque où un nouveau répertoire est
arrivé, c’était une aubaine de pouvoir aborder
ces mazurkas, valses, jouées à la clarinette ou à
la trompette. Et c’est le choix qui a été fait
à cette époque de la deuxième moitié
du XIXe siècle, choix que j’ai repris. Le choix précédent,
celui des fabricants de grandes cornemuses, consistait à
monter une anche longue, qui n’octaviait pas : d’où
comme avantage une grande stabilité des graves, des rappels
faciles, mais, pas d’octaviage. Par la suite, le choix des
nouveaux fabricants a été de raccourcir les anches,
et de varier la position du trou du pouce supérieur. Ils
ont obtenu un instrument juste sur une octave et demie ; mais on
perd la stabilité dans les graves, avec une sous-fondamentale
qui s’approche du demi-ton.
J.B.
: On peut faire le rapprochement avec la disparition du fonctionnement
des bourdons vers la même époque.
B.B.
: C’est ça : l’octaviage a amené de toute
évidence, pour les facteurs, la difficulté de réalisation
de bourdons stables, et les bourdons sont apparus par rapport au
répertoire moderne de cette époque comme un trait
archaïque. La formation en petit ensemble, avec accordéon
et clarinette, rend ces bourdons inutiles. On les supprime en même
temps qu’on choisit d’octavier.
J.B.
: Tu as été amené à accumuler
les connaissances pratiques sur les instruments anciens. Tu
en as observé et mesuré un grand nombre. Les
conclusions que tu peux tirer ne te sont pas apparues immédiatement
de manière cohérente . Tout ce que tu dis maintenant
est le résultat de nombreuses années de réflexion.
Est-ce que, dans ta pratique de fabrication, tu as des certitudes
quant à la possibilité d’obtenir un résultat
précis ? Quand tu fabriques une cornemuse, est-ce que
tu sais de manière claire quelles données faire
varier pour aller dans un sens ou dans un autre ? Est-ce que
tu as des secrets de fabrication ?
B.B.
: Je n’irai pas dans le sens du secret, qui est le pain
du musicien, pas celui du fabriquant. Il n’y a pas de
secret, mais un savoir-faire. Je sais ce que je fais, je connais
mon travail, et c’est en fonction des choix que je peux
faire que je fabrique tel ou tel type d’instrument.
Actuellement, je peux proposer à ma clientèle
un instrument fiable, qui octavie.
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Une
véritable "quadrature de la perce"
: permettre l'octaviage et une tessiture la plus étendue
possible, tout en évitant les problèmes
de réglages trop délicats, sans interdire
au musicien d'ornementer par un retour staccato sur
la fondamentale. |
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Mais
je ne peux pas offrir une note fondamentale beaucoup plus stable.
Il s’agit d’un choix musical : soit l’octaviage,
soit on se cantonne à une octave, avec une grande stabilité,
pour une autre musique, sûrement intéressant, mais
dont l’exploration est à faire. Je peux proposer les
deux types d’instruments, avec une facture de qualité.
J.B.
: De la même façon, les matériaux utilisés
pour les parties vitales de l’instrument, et notamment les
anches, ont varié au cours de ces dernières années
. On est passé des matériaux naturels aux matériaux
synthétiques. Quelles ont été les réactions
à ces changements de la part des utilisateurs ? Se sont-elles
cantonnées aux simple critères musicaux ?
B.B.
: Les anches en plastique ont été rejetées
par l’ensemble des musiciens au début. Aujourd’hui
presque tous jouent sur des anches en plastique. Il est vrai qu’on
les a beaucoup améliorées, et qu’elles sonnent
pour moi de manière tout à fait convenable, facilitant
énormément l’approche de l’instrument
par les débutants. J’aimerais que les gens qui sont
particulièrement attachés à l’instrument
essaient de jouer avec des anches en roseau, qui offre un timbre
plus riche, et peut-être une meilleure stabilité. Mais
le problème rédhibitoire reste que la pratique de
cet instrument n’est pas assez répandue pour justifier
une fabrication en masse d’anches de roseau.
En tant que fabriquant, je préfère monter des anches
en plastique, que les utilisateurs en cassent pas, ne touchent pas,
et qui marchent à tous les coups. Je ne peux pas, comme en
Bretagne ou en Ecosse, vendre des anches par dix ; ces anches sont
justes dégrossies, et le musicien affine le réglage
lui-même d’autant que le réglage en octaviage
doit être hyper-précis. Deux ou trois musiciens seulement
sont capables de le réussir rapidement. Les autres vont dépenser
beaucoup trop d’énergie et de temps. Pour les cornemuses
qui n’octavient pas, les problèmes sont beaucoup plus
simples. Mais, comme pour la cornemuse écossaise, ça
demande une discipline que doit respecter le musicien : il faut
commencer avec une anche très dure, jouer pendant deux mois
pour obtenir le maximum de timbre, et à partir de là
cette anche va bien jouer pendant un an, pour se dégrader
par la suite. Il faudra alors recommencer ; c’est une ascèse,
une discipline auxquelles les cornemuseux du Centre de la France
ne sont pas habitués.
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J.B.
: Est-ce que la cornemuse dans son tout, en tant qu’objet
musical, en tant que manière de penser la musique, n’invite
pas à l’ascèse ?
B.B.
: Pas plus que tout autre instrument. Mais j’ai conscience
d’avoir imposé ma manière de voir les choses.
J’ai trop voulu, pour mon usage personnel avant tout (et c’est
ce qui fait peut-être ma spécificité par rapport
à d’autres facteurs, pas forcément français,
que j’ai pu rencontrer), avoir une qualité et surtout
une fiabilité maximales, puisque je suis le premier utilisateur
de mes instruments. Bien souvent les gens qui se dirigent vers la
facture instrumentale ont renoncé très tôt au
jeu, et sont avant tout passionnés par le travail manuel.
Ils ne se posent pas trop de questions sur la fiabilité ;
ça reste pour eux le domaine du musicien. Alors que moi,
je voulais que la cornemuse sortie de sa boîte puisse jouer
immédiatement, comme un accordéon, pour ne pas avoir
à s’entraîner un quart d’heure avant de
jouer juste.
Développer aujourd’hui un jeu spécifique me
semble une chose sans doute préférable et plus novatrice,
une voie musicale ouverte. Une certaine voie moderne consiste à
augmenter l’étendue, et oblige l’instrument à
s’adapter au jeu d’ensemble, mais n’exerce là-dedans
qu’un rôle exotique, amenant la « couleur locale
» des cornemuses. Un jeu spécifique des cornemuses
demande peut-être plus d’efforts. Cela demande de s’intéresser
d’assez près aux traditions musicales existantes et
fortes : les cornemuses écossaise, bulgare et irlandaise,
pour ne nommer que les plus connues. Je reste convaincu que ces
logiques musicales sont plus ouvertes, sans dénigrer les
tentatives faites dans d’autres sens. Pour les personnes passionnées
de cornemuse, c’est une voie à explorer.
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